Vos témoignages
sur l'annonce du handicap
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Le 25 mars 2001 - Hélène (France)

Je sais pourquoi je suis sur terre.

A la naissance de ma fille, je n'ai rien vu; je la trouvais si jolie, toute ronde, toute mignonne. Elle avait froid et avait été placée en couveuse à côté de moi dans la salle d'accouchement; j'avais perdu beaucoup de sang ce qui expliquait, pour moi, les 7 heures passées dans cette salle avant de rejoindre ma chambre. Ensuite, j'étais très fatiguée, j'ai peu dormi pendant deux nuits justement à cause de cette fatigue; je n'osais pas encore toucher ce premier bébé.
A la fin du deuxième jour, mon mari voulait absolument rencontrer le pédiatre; je n'en voyais pas l'utilité : lui, il savait depuis le début car l'annonce lui avait été faite deux heures après la naissance; il avait promis de me le dire; il n'y arrivait pas et c'est pourquoi il a voulu voir le pédiatre; il a pris de l'avance sur le chemin et sans doute lui a dit avant mon arrivée de me l'annoncer.
Là, j'ai dit au pédiatre : "Tout va bien ?" en n'attendant pas vraiment une réponse !
Et il m'a répondu : "Il y a un risque de mongolisme."
Et j'ai répondu calmement : " de trisomie 21.. c'est pas vrai, c'est pas vrai." c'est à ce moment-là que je me suis dédoublée (je ne vois pas d'autre mot) car j'étais à la fois celle qui apprenait la nouvelle et celle qui regardait celle qui apprenait la nouvelle ! c'est la seule et unique fois de ma vie où je me suis retrouvée dans cet état. J'ai fait face courageusement pour ne pas m'effondrer devant lui.
J'ai prononcé le mot "trisomie" car je l'avais étudié en classe et c'était sans doute ma manière de montrer que je n'étais pas si ignorante que ça et peut-être aussi manière de détourner la vérité ! Et pourtant, je ne connaissais que l'accident chromosomique et que très vaguement les conséquences.
Il était tard mais je suis retournée dans ma chambre et j'ai pris ma fille dans mes bras : ils ont été obligés de me la laisser pendant deux heures avant de pouvoir l'emmener passer la nuit avec les autres bébés ! Mon sentiment maternel est né à ce moment-là. J'ai appelé mes parents - mon père savait, ma mère s'en doutait - et j'ai pleuré longtemps; puis on m'a donné un cachet pour dormir et j'ai enfin dormi toute la nuit !
Je suis reconnaissante envers ce pédiatre d'avoir prononcé le mot "risque" alors que je suis certaine que pour lui c'était évident. Mais ce simple mot m'a aidé à tenir les semaines suivantes pendant lesquelles j'ai attendu le diagnostic final en passant par des moments d'incrédulité suivis d'autres moments de désespoir.
Les cinq mois suivants ont été ceux de la déprime avec beaucoup de pleurs. C'est alors que j'ai appris qu'au Canada les bébés trisomiques étaient suivis dès la naissance. Alors pourquoi pas en France ?. Et je me suis jetée dans la bataille. Adieu la déprime, bonjour l'espoir, l'action.
Par la suite, j'ai créé mon association, récemment mon site internet : toutes ces choses que je n'aurais pas fait sans ma fille. Je sais pourquoi je suis sur terre !
Ma fille est toujours belle, elle a 20 ans, elle commence sa vie d'adulte pleinement : tout va bien !

romagri@ifrance.com


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